• Pratiques festives des adolescents et enjeux éducatifs pour les parents Conférence de Christophe Moreau, 12/03/2014

    Parents et adolescents de l’ensemble scolaire Edmond Michelet s'étaient donné rendez-vous au lycée Bossuet le jeudi 12 mars, à l’initiative de l’APEL, pour venir échanger sur les pratiques festives des jeunes. Pour éclairer les débats, l'APEL avait invité le sociologue Christophe Moreau, spécialiste des questions de jeunesse et d’éducation, qui est venu présenter les résultats des travaux et enquêtes qu’il mène sur le sujet depuis une vingtaine d’années.

    En guise d'introduction, deux lycéennes de 1eL, Alexandra et Léana, ont abordé sous forme d'interviews croisées deux questions qui allaient être au centre des interrogations de la soirée : le rôle de la fête et les risques liés à la consommation de drogues.

    La manière dont les jeunes font la fête, et les risques que cela peut comporter en termes d’accidentologie ou d’addiction, sont des sujets qui inquiètent naturellement les parents, d'autant que les pratiques festives peuvent être des révélateurs du mal-être des adolescents.

    Sur ce point, et à rebours des discours catastrophistes, Christophe Moreau s'est voulu rassurant. Les enquêtes statistiques tendent en effet à montrer que 85% des jeunes d'aujourd'hui vont bien, et si 15% sont plus fragiles, seuls 2 à 3% d’entre eux présentent des troubles qui nécessitent une réponse éducative adaptée.

    Si les jeunes font la fête, ils ne se distinguent en rien en cela de leurs aînés. Phénomène universel, ritualisé par chaque société pour rythmer le temps social et accompagner le passage des jeunes vers l'âge adulte, la fête perdure à travers les âges, et accomplit des fonctions essentielles au maintien des liens collectifs. Ce qui change, en revanche, c'est la manière dont  ces moments de fête sont organisés et vécus, notamment par les plus jeunes.

    Pratiques festives des adolescents et enjeux éducatifs pour les parents Conférence de Christophe Moreau, 12/03/2014 Pratiques festives des adolescents et enjeux éducatifs pour les parents Conférence de Christophe Moreau, 12/03/2014

    Parmi les spécificités de notre époque, pointées par le sociologue, nous pouvons retenir deux points importants pour comprendre les pratiques festives des adolescents.

    D'une part, il y a un accroissement de l'offre festive, qui s'inscrit dans le contexte de notre société d'hyperconsommation, la fête devenant elle-même un objet de consommation décliné sous diverses formes (fête de la musique, fête des voisins, etc.).

    D'autre part, l'individualisation des comportements qui caractérise notre époque se traduit par une moindre ritualisation des moments festifs. Jadis très encadrée, et donc de ce fait facilitatrice par exemple des rencontres entre garçons et filles, la fête est aujourd'hui plus libre et souvent moins structurée, voire pauvre en « contenu ». Ce qui peut s'avérer problématique, car l'ennui vécu au cours de la fête, tout comme l'inhibition dans les rapports garçons-filles, sont des facteurs favorisant la prise d'alcool et de drogues. Cela constitue aussi une piste dans les réponses éducatives à apporter aux pratiques à risques : proposer du contenu culturel (autour de la musique et de la danse notamment) pour un fête réussie.

    Contre certaines idées reçues, l'analyse des pratiques en termes de consommation montre que les jeunes ne boivent pas plus aujourd'hui qu'hier, la consommation d'alcool ayant au contraire diminué au cours des dernières décennies. En revanche, l'alcool consommé de façon traditionnelle, à l'égal d'un aliment, a vu son usage se transformer : il est aujourd'hui consommé avant tout par les jeunes pour l'effet produit. La recherche d'ivresse est donc première, et ne concerne plus seulement les garçons, puisqu'on observe une réduction du « sexe-ratio », c'est-à-dire de la différence de comportement entre filles et garçons vis-à-vis de la consommation d'alcool.

    Le but du conférencier n'était pas seulement de décrire les phénomènes observables, mais aussi d'apporter des pistes quant aux réponses éducatives à apporter pour accompagner les jeunes dans leurs pratiques festives. Les échanges qui ont suivi la conférence, et qui ont impliqué à la fois les adultes et les jeunes ­ ceux-ci ayant saisi l'occasion pour s'exprimer largement et librement ­ ont apporté de ce point de vue des éléments intéressants de réflexion. Il apparaît ainsi que les jeunes ne sont pas nécessairement rétifs à tout contrôle de leurs conduites festives, et qu'ils sont parfois très conscients des risques auxquels ils peuvent s'exposer du fait d'une pratique non maîtrisée. Entre le tout-permissif, qui favorise les consommations et le tout-répressif, qui s'avère illusoire, il existe un juste milieu, qui renvoie les parents à leurs responsabilités et doit permettre d'éduquer les jeunes à une pratique raisonnable de la fête.

    Bienveillance et supervision d'un côté, conscience et responsabilité pour autrui (le copain qu'on ne laisse pas tomber au milieu de la soirée) de l'autre : telles sont les conditions d'une éducation à la fête réussie et responsable, qui reste un moment de joie et d'échange, et où la transgression festive reste dans des limites maîtrisées ne provoquant ni drames ni angoisses inutiles.

     

    Outre la richesse du propos et la pertinence des réponses éducatives proposées aux parents, la soirée aura permis de faire dialoguer adultes et adolescents, en prouvant que la parole peut se libérer lorsqu'on donne à chacun l'occasion de s'exprimer sur un sujet qui le concerne et dont la discussion nous place au coeur de la relation éducative.

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